A story of perfumes inspired by Opera and Ballet

unsoiralopera-katia-gortchakoff

Depuis les cabestans jusqu'aux toits de l'Opéra de Paris, tout l'univers de l'opéra est une source d'inspiration. Une maison où se déroule comme une arabesque tous les corps de métiers, les ateliers d'artiste, l'orchestre, les machinistes dans les coulisses, l'atelier des costumes, les décors, un monde qui s'active comme une ruche ! Saviez-vous que sur les toits de l'Opéra de Paris se trouvent des ruches qui produisent toujours du miel ?

  1. Comment vous est venue l'idée de traduire un ballet par un parfum ?

L’idée m’est venue avec La Bayadère. Devant la flamboyance des décors d'Ezio Frigerio et la mise en scène somptueuse de Noureev évoquant l’Inde des Maharadjas je me suis soudain demandé quel parfum aurait pu flotter autour de Solor et Nikiya. Quand on pense à l’Inde, on pense parfums, saveurs, épices. Les notes de musique se sont mêlées au notes olfactives. Tout s’est ensuite enchaîné naturellement au fil des ballets et des opéras que j’ai aimés.  Car nous sommes en train de préparer bien-sûr la collection Opéras qui viendra en écho de celles des Ballets.

 

  1. Pouvez-vous nous raconter un détail méconnu de la vie de Noureev ?

Deux détails ! Lorsque je me rends sur sa tombe, les visiteurs s’étonnent souvent qu’elle soit la seule du cimetière sans croix orthodoxe. L’occasion de rappeler que Noureev est né en République de Bachkirie dans une famille de Tatars musulmans. Quand il est arrivé au Kirov à 17 ans, il n’avait pas vraiment le profil russe classique du grand blond aux yeux bleus… On lui a lancé : « Vous serez soit un danseur extraordinaire, soit un raté exemplaire… Et plus probablement un raté exemplaire ».

Un soir de représentation au Kirov – donc avant son passage à l’Ouest – il a décidé de ne pas porter la fameuse « culotte de pudeur » cette petite culotte bouffante légèrement ridicule que portaient les danseurs pour cacher leur « intimité ». Noureev décide de danser en collant car cela lui allonge les jambes. Tous les danseurs suivront. Je crois qu’on peut le remercier !

 

  1. Pourquoi, selon vous, Noureev est LE danseur du 20ème siècle ?

Noureev fut un personnage hors du commun. De nos jours, il est bien difficile de se rendre compte de l’hystérie que provoquaient ses apparitions, une folie digne des Rock stars de notre époque. La « Rudimania » fut un phénomène identique à la Beatlemania. Son histoire est incroyable, depuis sa naissance dans un train, son enfance misérable à Oufa (lire à ce sujet « Le choix de Rudi de Françoise Dargent) jusqu’à cet appartement du 23 Quai Voltaire conçu comme un décor de théâtre face au Louvre. Son charisme, sa présence en scène, ses choix de danseur et de chorégraphe ; dans tous les domaines Noureev est incontournable. On lui doit surtout d’avoir revaloriser le rôle du danseur masculin, créant des variations pour des princes qui ne seraient désormais plus de simples faire-valoirs.

 

  1. Quel lien particulier a-t-il entretenu avec la France ?

C’est durant sa première tournée en France, à Paris en 1961 avec le Kirov, que Noureev demanda l’asile politique. Il fut, bien des années plus tard nommé Directeur du Ballet de l’Opéra de Paris en 1983 par Jack Lang. L’appartement du quai Voltaire où il vécut jusqu’en 1993 est celui où il aura passé le plus de temps. Et enfin, c’est en France qu’il est enterré au cimetière orthodoxe de Sainte Geneviève des Bois.

 

  1. Comme Noureev qui a transgressé des lois et dépassé les frontières, comment ces bougies peuvent-elles nous transporter dans le monde de la danse où tout n'est que légèreté, liberté et grâce ?

L’art nous transporte, nous transcende, nous élève en faisant appel à nos sens. Les artistes sont là pour exprimer nos sentiments et nos passions les plus intimes en les ré-interprétant avec leur sensibilité. On ne peut mettre de frontières ni à l’art ni à nos sens. Nous vivons à une époque où le pouvoir de l’image est omniprésent, sollicitant en priorité notre vue. Il est important de ne pas vivre cloisonné. Peut-être devrions-nous être plus attentifs à nos cinq sens.

  1. Vous ouvrez une nouvelle porte à l'initiation au ballet : grâce à ces bougies, on ne se contente plus d'aller voir un ballet, on s'immerge dans les odeurs d'un univers. Comment expliquez-vous que l'on puisse apprécier un ballet en faisant appel au sens de l'odorat (et non pas seulement de la vue) ?

De tous nos sens, seul l’odorat, via ses récepteurs olfactifs, est directement relié à notre cerveau émotionnel.  Les moments importants de ma vie sont toujours associés à un parfum, pourquoi ne pas étendre cette émotion à l’art lyrique ou au ballet ? Et si cette évocation olfactive pouvait donner envie à ceux qui ne les connaissent pas encore de découvrir une œuvre, d’aller au théâtre, ne serait-ce que  regarder en ligne un extrait de ballet, se laisser bouleverser par l’émotion du baiser du Parc par exemple (tiens, ça me donne une terrible envie de parfum ce Parc en vous en parlant !) mon pari serait gagné !

 

  1. A titre personnel, quel est votre ballet préféré ? celui qui vous a le plus touché ?

Si l'on parle de Noureev comme danseur, c’est le Chant du Compagnon errant de Béjart. Pour Noureev chorégraphe, assurément La Bayadère, son ballet testamentaire. Sinon, le baiser du Parc de Preljocaj ne cesse de me bouleverser et je voudrais un jour pouvoir le remercier d’avoir imaginé cet envol sur un concerto de Mozart.

 

  1. Comment trouvez-vous l'inspiration ? Quel travail d'équipe effectuez-vous ?

Ma mère était artiste lyrique à Garnier. A partir de mes huit ans jusqu’à l’adolescence, elle me cachait dans les coulisses et dans les cintres les soirs de représentations ou de répétitions. L’inspiration me vient forcément de l’émotion et de la fascination que j’ai ressentie alors. Je trouve vraiment dommage que l’Opéra soit toujours considéré, en France, comme un lieu élitiste, poussiéreux ou ennuyeux. Il en va tout autrement dans d’autres pays, notamment en Russie. C’est un univers extraordinaire, de l’émotion à l’état pur, il n’y a qu’à pousser la porte et s’asseoir.

Une source intarissable donc en matière d’interprétation sensorielle. Chaque opéra, chaque ballet a son univers propre, son langage, ses décors, ses couleurs et donc son parfum. Je me fais aider dans mes recherches de fragrances par des parfumeurs français que j'ai choisis pour leur sensibilité à l'art. J'ai besoin d'échanger avec le parfumeur afin qu'il saisisse l'univers du ballet ou de l'opéra et que nous puissions en discuter. Ensuite nous transformons les notes musicales en notes olfactives, il faut du temps pour cela, c'est passionnant !

 

  1. Pour entamer l'automne (la fraîcheur qui s'installe, les jours qui diminuent), quelle bougie conseillez-vous aux petits rats quand ils rentrent chez eux après leur leçon de danse ?

Casse-Noisette bien-sûr ! Le ballet de Noël par excellence. Avec ses notes gourmandes qui rappellent les veillées autour du grand Sapin. Tous les petits rats rêvent de danser ce merveilleux ballet, celui d’un songe qui emmène Clara de l’enfance à l’adolescence.

  1. Parlez-nous de la bougie "23 quai Voltaire". Elle s'apparente à un condensé de toute la collection Noureev (le coup de la Mode à la Française)

Le « 23 Quai Voltaire » rend hommage à l’univers personnel de Noureev : celui de son appartement du quartier des Antiquaires, aux murs tendus de cuir de Cordoue. Un décor baroque pour un lieu d’exception, à son image : la démesure en toute chose. Nous avons travaillé sur un accord Cuir de Cordoue / Bois de Gaïac. En tête, la puissance du thé noir est associée à une touche poudrée de Violette et en cœur, la Fève Tonka et l’Heliotrope.

Malheureusement cet appartement fut vendu après la mort de Noureev, mais on peut visiter sa collection personnelle ainsi qu’une très fidèle reconstitution d’une partie de son appartement au Centre national du costume de scène (CNCS).

Considéré comme le plus grand danseur du XXème siècle, Noureev a interprété tous les grands rôles du répertoire classique. Dans le Lac des cygnes, il interpréta le Prince épris du Cygne Blanc symbole de pureté et de grâce avant d'être envoûté par le Cygne noir symbolisant la séduction maligne. Noureev interpréta aussi le rôle de Petrouchka sur une musique de Stravinsky dans une chorégraphie de Fokine, et il reste pour beaucoup l'inoubliable Albrecht dans Giselle. Roméo, Armand, Solor, le Compagnon errant, Apollon, Noureev incarna avec une immense intensité dramatique les plus beaux rôles du ballet classique. 

Le site officiel de la Fondation Rudolf Noureev

Interview La Mode à la Française